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Rimailles d'Oré

Rimailles d'Oré

poésies, rimes et autres subtilités

De l'avis d'un toro...

De l’avis d’un toro…

J’ai grandi loin d’ici dans de beau pâturages

Sous les yeux circonspects de mon ganaderio

Et puis, et puis un jour, j’ai fait un long voyage

Sous prétexte que j’étais « un toro muy bravo »

Et ce matin encore, moi, j’étais bien tranquille

Mais ils sont arrivés et du haut du toril

Ils ont joué à tirer des morceaux de papier

Et là entre leurs mains, mon destin s’est scellé

Plus tard, j’ai entendu de la musique, des cris

La porte s’est ouverte, au soleil j’ai bondi

Seul face à cette foule muette aux regards inquiets

Tu t’es avancé dans ton habit de lumière

J’ai compris que tu m’avais déclaré la guerre

Ce sera toi ou moi le choix à effectuer

Ce sera toi ou moi, il n’y aura qu’un vainqueur

Et ce sera la joie ou ce seront les pleurs

Et toi, toi tu arrives et tu viens me narguer

Sur ce que tu sais être mon territoire privé

Sous mes yeux, tu agites ta cape de soie rose

Et alors dans mon coeur cette fureur explose

Qui es-tu magicien pour ainsi me leurrer ?

Je crois te prendre, ma corne ne frôle que ton mollet

Et tu restes de marbre. Ne te fais-je donc pas peur

Moi qui étais le roi dans mon campo d’ailleurs ?

Et je crois te tenir mais rien derrière ta cape

Le vide et les « olés » de la foule qui me frappent

Et encore, et toujours, je reviens à la charge

Démoniaque lutin, tu augmentes ma rage

Je suis fort, je suis brave, ne le sais-tu donc point ?

Mais tu restes confiant et tranquille et serein

Te voilà face à moi, tes banderilles aux mains

Sans armes je te tiens, mais d’un bref coup de rein

Tu m’évites et ce n’est que mon souffle qui t’effleure

Et j’ai senti mon dos frémir sous la douleur

De la double piqûre, ma haine s’en est accrue

Et te voilà encore, toi, illustre inconnu

Et encore une fois, je passe à tes côtés

Et encore une fois, tu viens de me blesser

Et la foule qui acclame ton style et ta manière

Moi, je n’ai qu’une envie : celle de te voir à terre

Et toi, tu continues à te moquer de moi

Et le soleil qui jette mille feux sur ta soie

Et pour la troisième fois, tu plantes tes banderilles

Et l’orchestre continue ses ironiques trilles

Et puis, tu m’abandonnes et officiellement

Les hostilités sont ouvertes maintenant

Et moi avec ma hargne et ma haine pour armes

Je vais faire verser à la foule des larmes

Toi avec ton épée et ton morceau de drap

Tu crois pouvoir gagner cet ultime combat ?

Tu te trompes torero, tu te leurres matador

Je serai le plus grand, je serai le plus fort

Tu continues à jouer de tes passes savantes

Tes naturelles sont, je l’avoue élégantes

Et tu déploies ton art comme cette muleta

La foule fait silence, subjuguée, seule ta voix

Claque dans le soleil, coup de fouet à l’orgueil

Qui me taraude encore mais peu à peu s’effeuille

Ce sursaut de fierté s’arrête en pleine course

Ton épée s’est fichée au milieu de la croix

Les dernières secondes pour regagner le bois

Ultime hommage à ma bravoure cette mort douce

Saluée par le silence respectueux de la foule

Mais la vie continue et le film se déroule

Enfin, atteindre enfin ce si cher territoire

Que j’ai voulu défendre, illusion illusoire

Et la chute sur le sable et les dernières images

La mort me prend sur la vision d’un pâturage

Mais sache torero, mais sache matador

Que jamais je n’aurais pu être le plus fort

Je me suis défendu tout seul contre vous quatre

Car il y avait toi l’homme et ta science et ton art

Mais c’est plus le duende qu’il m’a fallu combattre

Bravo, quand même bravo à toi graine de star

Etoile du dimanche qui illumine le jour

De cette foule qui a pour les toros tant d’amour

Oreliane

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